Les dauphins et le deuil.
- edithpradalie

- il y a 6 jours
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Quand une mère dauphin porte son petit mort...
Il existe des images qui disent beaucoup de choses sans avoir besoin de mots.
Celle d’une mère dauphin portant le corps de son petit mort en fait partie.
Chez plusieurs espèces de cétacés, des scientifiques ont observé des femelles rester auprès de leur petit après sa mort. Certaines le soutiennent à la surface, le poussent ou continuent à nager près de lui pendant un temps parfois prolongé.
Les chercheurs parlent de « comportement d’attention au mort » (postmortem attentive behaviour).
Ils restent toutefois prudents : rien ne permet d’affirmer que les dauphins vivent le deuil de la même manière que les humains.
Mais ces comportements nous interrogent malgré tout parce qu’ils racontent quelque chose de très simple.
D’abord, il y a ce qui vient d’être perdu.
Et il est encore impossible de s’en séparer.
Puis vient le temps où la présence auprès du corps se prolonge.
Enfin, à un moment, le corps est laissé derrière.
Cette image me touche parce qu’elle fait écho à ce que j’observe dans mon métier auprès des personnes traversant un deuil ou une transition de vie.
Lorsque quelque chose disparaît de notre existence — une personne, une relation, une situation, un rôle, un projet de vie — nous ne pouvons pas immédiatement nous comporter comme si cette réalité était déjà intégrée.
Il existe toujours un décalage entre savoir que quelque chose est terminé et réussir à vivre avec cette nouvelle réalité.
C’est souvent là que commence le véritable travail de la perte. Non pas oublier. Non pas effacer. Et encore moins « tourner la page ».
Mais comprendre ce qui n’est plus, reconnaître ce qui nous manque et, progressivement, découvrir ce qui peut malgré tout continuer à vivre en nous.
C’est pour cette raison que je suis parfois mal à l’aise avec l’expression « lâcher prise » lorsqu’elle est utilisée à propos du deuil.
Car il ne s’agit pas forcément de lâcher la personne que l’on aime.
Il s’agit plutôt d’accepter que l’on ne peut plus la retenir sous la forme que l’on connaissait.
Chez l’être humain, le lien ne disparaît pas nécessairement avec la mort.
Il se transforme.
Une personne peut continuer à vivre à travers ce qu’elle nous a transmis : une valeur, une expression, une façon d’aimer, un souvenir, une recette, une habitude, une manière de regarder le monde.
C’est précisément là que s’inscrit mon travail autour du deuil et des transitions de vie.
J’accompagne les personnes à identifier ce qui a réellement été perdu, mais aussi ce qui demeure, ce qui se transforme et ce qui peut être transmis.
Car une perte ne nous demande pas toujours de tout abandonner.
Elle nous demande parfois de trouver une autre manière de rester en lien avec ce qui a compté.
La mère dauphin finit par ne plus porter physiquement son petit.
Nous ne savons pas ce qu’il reste de ce lien pour elle.
Mais, chez nous, une chose est certaine :
nous pouvons cesser de porter l’absence comme un poids sans cesser de porter l’amour.
Peut-être est-ce aussi cela, traverser un deuil :
ne plus retenir ce qui ne peut plus être retenu,
et apprendre à faire une place différente à ce qui demeure, autrement.
À tout bientôt ici et là.
Je suis Edith Pradalie. J'accompagne et sensibilise aux transitions de vie et aux deuils.
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Sources
- Bearzi G. et al. (2018), Whale and dolphin behavioural responses to dead conspecifics.
- Alves F. et al. (2015), Supportive behavior of free-ranging Atlantic spotted dolphins toward dead neonates.
- Pedrazzi G., Giacomini G. & Pace D.S. (2022), travaux consacrés aux comportements épimélétiques de grands dauphins portant des petits morts.
- Yale Environment Review, Wakes in the waves – why do dolphins and whales attend to their dead?




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