Conscience de la mort : et si elle nous aidait à mieux vivre ?
- edithpradalie

- il y a 4 jours
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Nous allons mourir ! Nous le savons tous !
Cette phrase peut sembler brutale. Pourtant, la mort est probablement la seule certitude que nous partageons tous et malgré cela, nous vivons souvent comme si notre temps était infini.
Nous remettons certaines envies à plus tard.
Nous repoussons des projets qui nous tiennent à cœur.
Nous restons parfois dans des situations qui ne nous nourrissent plus.
Nous taisons des mots, des émotions ou des sentiments que nous aimerions pourtant exprimer...
....Parce que nous pensons que nous aurons le temps.
Mais si la conscience de la mort, loin d’être morbide, pouvait justement nous aider à mieux vivre ?
Penser à la mort, ce n’est pas renoncer à la vie.
Dans notre société, parler de la mort reste souvent inconfortable.
Nous préférons parfois l’éloigner, comme si ne pas y penser pouvait nous protéger.
La mort est associée à la perte, au deuil, à la souffrance et à la peur.
Pourtant, avoir conscience de notre finitude ne signifie pas vivre en permanence dans l’angoisse de mourir. Cela peut même produire l’effet inverse.
Se rappeler que notre existence est limitée peut nous aider à regarder notre vie autrement :
Certaines urgences deviennent moins importantes.
Certaines obligations peuvent être questionnées.
Certaines envies que nous repoussions depuis des années reprennent leur place.
Et une question apparaît :
Est-ce que la vie que je mène ressemble réellement à celle que j’ai envie de vivre ?
La conscience de notre finitude nous ramène à l’essentiel.
Nos journées sont facilement absorbées par ce qu’il faut faire : Travailler, répondre aux messages, gérer les rendez-vous, s’occuper des autres, respecter les obligations, résoudre les problèmes du quotidien etc.
Et sans réellement nous en apercevoir, nous pouvons finir par organiser notre existence autour de ce qui est urgent plutôt qu’autour de ce qui est essentiel.
La conscience de la mort vient parfois bouleverser cet ordre.
Elle nous rappelle qu’une relation peut mériter davantage d’attention qu’un agenda.
Qu’un projet profondément désiré ne devrait peut-être pas toujours passer après tout le reste. Que certains moments ne pourront pas éternellement être reportés.
Et surtout que notre temps est une ressource que nous ne pouvons ni stocker ni récupérer.
Dire les choses tant qu’il est encore temps.
Il existe des mots que nous repoussons parfois pendant des années.
« Je t’aime. »
« Merci. »
« Tu me manques. »
« Je suis désolé. »
Mais aussi :
« Cela m’a blessé. »
« Je ne veux plus de cette situation. »
« J’ai besoin de vous dire quelque chose. »
La conscience de la mort peut nous rappeler que nos relations sont elles aussi traversées par le temps.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait tout dire, tout le temps et sans précaution.
Mais nous pouvons parfois nous poser une question simple :
Si cette personne disparaissait demain, y aurait-il quelque chose que je regretterais profondément de ne pas lui avoir dit ? Si oui, la réponse mérite peut-être d’être entendue.
Arrêter d’attendre le moment parfait pour vivre.
Nous sommes nombreux à remettre ce qui nous fait du bien à plus tard....
"Quand j’aurai davantage de temps, quand j’aurai terminé ce projet, quand les enfants seront plus grands, quand j’aurai plus d’argent, quand ma situation sera plus stable, quand je serai moins fatigué, quand…
Nous pouvons ainsi passer des années à attendre que toutes les conditions soient réunies pour nous autoriser certaines choses.
Mais le moment idéal n’arrive pas toujours.
La conscience de notre finitude nous invite alors à changer légèrement de question.
Au lieu de nous demander :
« Quand pourrai-je enfin faire ce qui compte pour moi ? »
Nous pouvons nous demander :
« Quelle place puis-je lui faire dans ma vie aujourd’hui ? »
Il ne s’agit pas forcément de tout bouleverser. Choisir davantage la vie peut commencer très modestement :
Appeler quelqu’un.
Prendre un après-midi pour soi.
Reprendre une activité oubliée.
Faire ce voyage repoussé depuis plusieurs années.
Commencer à écrire.
Dire non.
Dire oui.
Prendre une décision.
Oser quelque chose que nous pensions réservé à « un jour ».
Les transitions de vie nous confrontent à ces questions.
Certaines périodes nous obligent brutalement à regarder notre existence autrement :
Un deuil, une séparation, un changement professionnel, un déménagement, le départ des enfants, la retraite, une rupture familiale, une perte de repères.
Ces transitions de vie viennent interrompre l’histoire que nous pensions continuer à écrire. Elles peuvent être douloureuses, déstabilisantes ou profondément injustes.
Mais elles nous amènent aussi parfois à reconsidérer ce que nous voulons conserver et ce dont nous ne voulons plus.
Quelle place souhaitons-nous donner à notre travail ?
À nos relations ?
À notre famille ?
À nos projets ?
À nous-mêmes ?
Que voulons-nous transmettre ?
Et qu’avons-nous encore envie de vivre ?
L
a conscience de la mort nous confronte finalement moins à la question de mourir qu’à celle-ci :
Qu’est-ce que je veux faire du temps qui m’est donné ?
Le deuil révèle aussi ce qui avait de la valeur.
La mort est naturellement associée à la perte.
Lorsqu’une personne que nous aimons disparaît, il y a une absence, une rupture et souvent un profond bouleversement.
Le deuil nous confronte également à nos attachements.
Nous souffrons parce qu’un lien comptait, parce qu’une personne avait une place, parce qu’une histoire existait, parce qu’il y avait de l’amour, des habitudes, des projets, des souvenirs et des attentes.
La mort vient ainsi révéler, parfois avec une immense violence, ce qui avait de la valeur pour nous.
Certaines personnes endeuillées racontent d’ailleurs que leur rapport à la vie évolue après la perte d’un proche.
Ce qui semblait urgent auparavant peut devenir secondaire.
Et certaines choses jusque-là négligées deviennent soudain précieuses.
Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’un deuil devrait nous « apprendre une leçon » ou qu’il faudrait nécessairement trouver quelque chose de positif à une perte.
Mais la confrontation à la finitude peut modifier profondément notre regard.
La mort ne nous apprend peut-être pas seulement ce que signifie perdre.
Elle nous révèle aussi ce que nous ne voulons plus laisser passer.
Parler de la mort pour mieux vivre.
Vivre avec la conscience de notre mortalité ne signifie pas penser quotidiennement à notre disparition. Il s’agit plutôt de se souvenir, de temps en temps, que notre existence a une limite et que c’est justement cette limite qui lui donne une partie de sa valeur.
Nous n’aurons probablement pas le temps de tout faire, de satisfaire tout le monde, de tout réussir, de tout contrôler mais nous pouvons choisir plus consciemment à quoi nous voulons consacrer le temps dont nous disposons.
La mort n’est pas l’opposé de la vie. Elle en dessine les contours.
Et parfois, accepter l’existence de cette limite permet de mieux distinguer ce qui compte vraiment à l’intérieur.
Alors je vous laisse avec une question :
Si vous vous souveniez plus souvent que votre temps n’est pas infini, qu’auriez-vous envie de vivre, d’accomplir ou de transmettre avant de mourir ?
Et peut-être plus important encore :
Qu’est-ce que vous pourriez décider de ne plus remettre à plus tard ?
A tout bientôt ici et là.
Je suis Edith Pradalie. J’accompagne les personnes confrontées aux transitions de vie, aux pertes et aux deuils, lorsque les repères changent et qu’il devient nécessaire de redéfinir ce qui compte, parce que parler de la mort, de la perte et du changement, c’est aussi parler de la vie.
Image tirée de la BD Les jours sucrés de Loïc Clément




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